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Comment Infantino veut ouvrir le capital de la FIFA à des investisseurs privés
Trêve estivale oblige, on lève un peu le nez du franco-français pour aller voir ce qui se passe ailleurs
Le 28 juillet 2026, sitôt la Coupe du monde nord-américaine refermée, la FIFA a annoncé vouloir créer la FIFA Forward Enterprise, société chargée de regrouper ses droits commerciaux (diffusion, sponsoring, billetterie, licences) et l'organisation opérationnelle de ses compétitions. Objectif : ouvrir le capital à des investisseurs pour "libérer le potentiel commercial" de l'instance, selon Gianni Infantino.
Les chiffres donnent le vertige. Selon le Financial Times et le Times, l'opération valoriserait la FFE à 20 milliards de dollars, avec une cession initiale de 20 à 30 % du capital pour lever environ 4,2 milliards. Parmi les investisseurs cités : le fonds Thrive Eternal de Joshua Kushner, avec JPMorgan en accompagnement. La FIFA promet en retour 10 milliards pour le développement du football mondial.
Un montage qui interroge sur les intentions réelles
Difficile de ne pas y lire une opération taillée pour Gianni Infantino lui-même. Selon La DH, à l'expiration de son mandat en 2031, il pourrait prendre la tête de la FFE en tant que "commissionnaire", fonction rémunérée plusieurs millions de dollars par an. La FIFA dément qu'une décision ait été prise, tout en reconnaissant que "le président et l'administration de la FIFA auront un rôle de premier plan" dans l'entité, une association à but non lucratif transformée en machine actionnarisée dont son artisan pourrait récolter les fruits.
Le calendrier interroge aussi : Gianni Infantino a offert aux 211 fédérations un paiement immédiat jusqu'à 20 millions de dollars, contre 10 aujourd'hui, avec un ultimatum au 19 septembre. L'UEFA juge la méthode révélatrice : "Cela dit tout ce qu'il faut savoir sur ce projet."
La levée de boucliers... et son paradoxe
L'UEFA dénonce "une ligne que les institutions dirigeantes du football ne devraient jamais franchir", rappelant que "l'âme et la gouvernance du football ne sont pas des actifs à négocier". Javier Tebas (LaLiga) accuse Infantino de mélanger "politique, discipline, argent et pouvoir sans transparence". La FFF critique l'absence de concertation. Une opposition quasi unanime, jusqu'à évoquer un boycott des futures compétitions FIFA.
L'indignation a pourtant quelque chose de cocasse. Ces mêmes instances, gardiennes du bien commun, ont ouvert leur propre capital à des fonds privés ces dernières années : la LFP avec CVC pour Ligue 1 Média, LaLiga avec CVC également, etc.
À l'international, la Fédération internationale de volleyball a montré la voie dès 2021 en créant Volleyball World avec CVC Capital Partners : le fonds a apporté 100 millions de dollars pour 33 % du capital, la FIVB conservant 67 % des parts et l'intégralité de sa fonction réglementaire. Cinq ans plus tard, la coentreprise affiche des bénéfices en croissance et des contrats de sponsoring (DHL, Mizuno), un modèle souvent cité en exemple. La financiarisation du sport n'est donc pas une invention de Gianni Infantino, mais une tendance installée par l'Europe du football et par d'autres fédérations internationales elles-mêmes, qui s'en offusquent seulement quand c'est la FIFA, et son président, qui en tirent profit.
Reste que la finalité change tout. Quand la FIVB ou les ligues européennes ont ouvert leur capital, c'était, au moins théoriquement, pour financer un rattrapage commercial : professionnaliser des compétitions sous-exploitées, investir dans la production, le marketing, la data. Rien de tel pour la FIFA. L'instance a engrangé un chiffre d'affaires historique (autour de 12 milliards de dollars pour la seule édition 2026, sur des cycles habituellement compris entre 7 et 10 milliards) et aucun grand projet de développement ne semble aujourd'hui exiger un afflux de capitaux extérieurs. Ni stade à construire, ni marché à conquérir faute de moyens : la FIFA n'a pas besoin d'argent frais pour développer le football, elle a déjà les moyens de le faire seule.
Ce qui manque, en creux, n'est donc pas du capital, mais un mécanisme pour transformer une part de ces revenus en patrimoine personnel et en garantie de pouvoir : ce que la structure de commissionnaire évoquée pour l'après-2031 laisse largement entrevoir.
Le projet devra recueillir la majorité des 211 associations et l'aval du Conseil de la FIFA.
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