
Le MEDEF de l’Est Parisien vient d'annoncer la création de son Club Esport, le premier espace de réflexion et d'action dédié à cette filière au sein du réseau patronal. Pour piloter cette initiative pionnière, l'institution a fait appel à Sylvie Le Maux, Vice-Présidente du MEDEF territorial et figure incontournable du sport institutionnel français (Dirigeante de la fédération d’escrime (2021-2024) puis de la fédération de danse depuis 2025). Alors que Paris s'apprête à accueillir la prestigieuse Esport World Cup à l'été 2026, l'enjeu est stratégique : il s'agit de fédérer les entreprises, les collectivités et les acteurs de l'e-sport pour faire émerger de nouvelles opportunités économiques et sociales. Dans cet entretien, la nouvelle présidente du club revient sur la nécessité de dépasser les anciens clivages entre sport traditionnel et e-sport, et dévoile sa feuille de route pour faire dialoguer l'économie classique avec cette industrie d'avenir.
Vous avez travaillé pour les fédérations françaises de danse et d'escrime, et vous prenez aujourd'hui la tête du nouveau club e-sport du MEDEF Paris Est. Pourquoi le MEDEF décide-t-il de s'impliquer sur ce sujet aujourd'hui ?
Merci de votre intérêt pour cette initiative. Pour comprendre la genèse de ce projet, il faut remonter un peu en arrière. En 2017-2018, lorsque j'étais conseillère spéciale de la ministre des Sports, Laura Flessel, j'ai tenu à prendre en charge le dossier de l'e-sport. À l'époque, ce n'était dans les petits papiers de personne.
Mon parcours m'a permis de comprendre de l'intérieur les rouages des structures fédérales : j’ai dirigé pendant quatre ans la Fédération Française d’Escrime et aujourd’hui je suis directrice de cabinet à la Fédération Française de Danse (FFDanse), où le sujet de l’intégration du breaking dans les projets fédéraux est aussi sensible que l’attention que les institutions doivent porter aux clubs d'e-sport, qui se sont toujours organisés de manière autonome. (Pour préciser mon rôle au MEDEF, j'y suis élue, ce qui constitue une fonction purement bénévole alors que je suis salariée à la FFDanse).
Le débat se résumait souvent à : « L'e-sport est-il un sport ? Non, donc on ne s'en occupe pas. » Mon objectif était d'ouvrir les yeux des institutions sur cette nouvelle pratique, souvent méconnue et que beaucoup ne savaient pas comment appréhender. Mon attrait pour la discipline remonte à loin, d'abord en tant que parent. Cette même année, j'ai œuvré à la signature d'une convention entre l'équipe Vitality et l'INSEP, en collaboration avec Fabien Devide. Nous partagions une conviction : pour performer au plus haut niveau, que ce soit dans le sport ou l'e-sport, une bonne hygiène de vie est indispensable. Ce premier rapprochement s'est fait tout naturellement.
Et c'est cette conviction, forgée au contact des institutions et des acteurs de l'e-sport, que vous avez ensuite souhaité transposer dans le monde de l'entreprise ?
C'est exactement cela. Par la suite, j'ai retrouvé le monde de l'entreprise et de l'entrepreneuriat. Au sein du MEDEF de l'Est parisien, notre rôle n'est pas d'être uniquement un « syndicat de patrons », mais d'être au plus près des entreprises du territoire. Nous identifions leurs besoins, nous mutualisons les forces. Depuis plusieurs années, je porte le sujet de l'e-sport, y compris au niveau du Comité Olympique, notamment lorsque la question des Jeux Olympiques de l'e-sport s'est posée. La filière sport s'y intéresse, mais le sujet n'a pas encore été traité en profondeur, faute de savoir quels acteurs asseoir à la table des discussions.
Aujourd'hui, au regard des enjeux grandissants, comme l'intérêt de l'Arabie Saoudite ou l'organisation de l'Esport World Cup, il m'a paru évident d'agir. L'économie et l'e-sport se croisent de plus en plus. Les clubs professionnels s'organisent en véritables agences pour trouver des partenariats qui vont bien au-delà du simple flocage sur un maillot. En créant ce club e-sport au MEDEF, notre but est de rapprocher le monde associatif et amateur du jeu vidéo de l'écosystème professionnel et économique.
C'est donc un enjeu qui dépasse le simple cadre sportif pour toucher à l'économie globale ?
Absolument. Les responsables politiques commencent à s'intéresser à cet univers, mais ne savent pas toujours à qui s'adresser. Avec un événement majeur comme l'Esport World Cup cet été, les opportunités économiques sont immenses. Je suis régulièrement sollicitée par des prestataires français (dans les transports, l'hébergement, la communication) qui cherchent à se positionner sur ces marchés internationaux. C'est pourquoi le sujet doit être géré de manière interministérielle : cela touche à la culture, à l'économie, au sport et au numérique.
Le monde économique doit prendre sa part dans ce développement, par des partenariats, des investissements ou du mécénat. En Allemagne, par exemple, il existe une fondation financée par des entreprises pour aider les e-sportifs ; nous n'avons pas cela en France. Notre club au MEDEF se veut être cet espace de discussion concret, modeste mais ambitieux, pour créer des passerelles solides entre ces différents acteurs.
Avant de détailler les actions du club, j'aimerais revenir sur votre double expertise sport et e-sport. On a l'impression que ces deux univers se sont longtemps observés avec curiosité, mais que depuis quelques années, ils semblent s'éloigner, avec des collaborations plus ponctuelles. Partagez-vous ce constat ?
Totalement. En 2017, la rengaine voulant que « l'e-sport ne soit pas du sport » était omniprésente. Je suis moi-même très sportive, et en côtoyant des équipes professionnelles d'e-sport, j'ai réalisé qu'elles s'étaient structurées comme de véritables start-ups, avec leurs propres codes. Il ne faut plus se demander quel est le lien direct ou physique entre les deux, mais plutôt chercher les points communs.
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